Témoignages
Masterclass à Tucson : « une expérience enrichissante humainement et artistiquement »
Tous deux musiciens depuis toujours, Tilmann Volz et Pierre Le Normand ont participé, en octobre 2023, à la première Masterclass « Desert Sounds » organisée par ARTES à Tucson, en Arizona. Une expérience qui, outre le fait d’avoir solidifié leur amitié, est à l’origine de rencontres qui ont elles-mêmes débouché sur de nouvelles collaborations. Avec, parfois, une petite touche américaine dans le processus de création...

Contrairement à la majorité des participants – dédicace à Tommy Laszlo et Thomas Guiral, qui ont fait l’objet d’un article le mois dernier - Tilmann Volz et Pierre Le Normand se connaissaient déjà au moment de prendre l’avion direction Tucson, Arizona, en octobre 2023. C’est même le premier cité qui a évoqué la Masterclass « Desert Sounds » au second. « Je crois que sur les 16 participants, je dois être un des premiers à en avoir eu vent », s’amuse encore Tilmann. Guitariste passionné de folk Old-Time, de Bluegrass ou de Country Blues – des styles de musique qu’il propose de jouer sous forme de jams à Nantes depuis quelques années - il entend parler de la Masterclass par un ami. « Il avait lui-même suivi une formation chez ARTES où il a eu connaissance du projet. Je me suis renseigné, et ça m’a paru être une bonne opportunité », glisse Tilmann.
Pêle-mêle, il partage l’information à Arianne, Félix, Thomas et donc Pierre : des artistes avec qui il joue de temps à autre, et qui se greffent à la formation. « Je me suis dit que ça pourrait être bien de s’entourer de copains, dont je sais qu’ils sont sensibles à ces sons-là », sourit le guitariste. « Je n’étais pas un grand connaisseur de la folk américaine comme peut l’être Tilmann, se rappelle Pierre. Pour ce qui est de l’Arizona, la musique des grands espaces, je n’avais pas de grande référence à part Ennio Morricone. » Curieux par nature, comme en témoigne sa capacité à jouer du rock, du jazz, de la musique bretonne, ou de réaliser l’accompagnement musical pour du théâtre d’improvisation, le batteur ne laisse pas passer l’opportunité de découvrir ces nouvelles sonorités.
Rencontres, collaborations renforcées, et amitiés solidifiées
Quand on leur demande d’évoquer ces trois semaines d’aventure commune, les deux musiciens s’accordent sur une expérience aussi enrichissante humainement qu’artistiquement. « La première chose qui m’a marqué, ce sont les rencontres, indique Pierre. Avec Tilmann, on a pu approfondir notre collaboration, mais j’ai aussi des projets avec Thomas, qui est devenu un ami ». « On a solidifié nos amitiés, et ça a permis de voir émerger plusieurs projets », synthétise Tilmann, qui a notamment joué à l’occasion du « Folk Club » de Tommy et Thomas en janvier dernier. Trois artistes réunis sur scène par la « Tucson Connection », comme ils l’étaient à l’hôtel Congress 18 mois plus tôt. Ou encore à Stereolux, à Nantes, pour la représentation de restitution en première partie du concert de Brian Lopez. « On a vécu de grosses émotions collectives », confirme Tilmann.
Un voyage, des souvenirs, et au final des connections. Entre les participants français, d’une part, mais aussi avec les américains. Au concert de fin de formation à l’Hôtel Congress, Pierre a notamment eu l’occasion de jouer – ou plutôt d’improviser - avec Brian Lopez, Ryan Alfred et Sergio Mendoza (3 membres de Calexico), Gabriel Sullivan et Billy Sedlmayr ! What the fuck ?!? Quel line-up ! « C’était génial, très intense. Ils m'ont fait confiance et on a vécu un moment de partage assez fort. Même si je ne suis pas parfaitement anglophone, on a parlé le même langage grâce à la musique. Et ça a créé quelque chose », se rappelle le batteur, qui voit dans cette anecdote un exemple du tempérament plus instinctif des artistes américains. « Là-bas, si tu es musicien, tu peux jouer. On ne regarde pas ton CV. C’est en jouant qu’on voit si ça marche ou pas ». En l’occurrence, pour Pierre, le test s’est avéré concluant. Suite au concert, Brian Lopez lui a proposé de participer à sa tournée de l’hiver 2024 en France et Belgique. « Malheureusement, je n’ai pas pu la faire car j’étais en pleine création sur ces dates-là », regrette-t-il. Ce n’est que partie remise… En attendant, Brian s’est tourné alors vers Julien, autre batteur venu sur la Masterclass qui a saisi avec bonheur l’opportunité.
« Il y a un truc chez les américains… Ce côté "faire, faire, faire" : poser les fondations du morceau et puis ensuite venir ajouter des couleurs. Personnellement, je fonctionne complètement à l'inverse donc j’étais déboussolé », confie Tilmann. De son séjour en Arizona, le Nantais se dit heureux de la diversité des ateliers : « la découverte des fondamentaux de la cumbia, dans le studio de Sergio Mendoza, le songwriting avec Billy Sedlmayr, l'art de triturer des sons et de jouer ensemble, ou d'être dans l'écoute collective avec Vicky Brown ». Un panel d’expériences dont il essaie de s’inspirer depuis son retour en France. « Le fait d’enregistrer même ce qu'il se passe en répétition, quitte à dégrossir après… Je le faisais déjà un peu avant, mais maintenant, c’est quasi systématiquement », explique le guitariste.
« L’impression d’être dans un Lucky Luke »
« Écrire des morceaux rapidement, c’est une approche qui manque souvent en France », confirme Pierre qui, lui aussi, a importé à sa sauce la méthode américaine. « Un conseil de Brian - "KISS (Keep it simple stupid)" - résume bien cet état d’esprit : il ne faut pas trop se poser de questions ». Aller à l’essentiel, jouer, être efficace… Encadrés par des dispositifs sociaux bien différents de chez nous (pour ne pas dire inexistants), les artistes américains n’ont de toute manière pas véritablement d’autre choix. « Là-bas, une fois que tu choisis d’être musicien, ça devient un véritable business. Il faut que ça rapporte, que tu gères toi-même ta communication, tes produits dérivés… Ça n’a rien à voir », convient Pierre, déjà parti aux États-Unis lors d’un stage musical sur les musiques afro-américaines organisé par Trempolino, en 2018.
« Cette dimension business, je l’ai autant retrouvée à New-York qu’à Tucson. Même si c’étaient deux expériences sur des esthétiques complètement différentes : d’abord une grande ville de la côte Est, et ensuite le désert », complète le batteur. « En Arizona, quand tu arrives dans une ville, tu as un peu l’impression d’être dans Lucky Luke », illustre Tilmann, pour qui le décor a tout de suite évoqué les westerns. Bien différent de ce qu’il avait connu lors de son voyage solitaire en Caroline du Nord et dans le Tennessee, un an plus tôt. « Les rues de Tucson, ce sont des réminiscences de films. Les couleurs, les logos, les voitures anciennes, les cactus géants... C’est un carrefour de cultures avec ce côté ultra hispanophone, les mariachis… ce sont des moments assez bluffants à vivre », assure le guitariste.
Si les deux amis s’accordent sur le côté « expérimental » de cette première Masterclass – « on a bien défriché le terrain », nous a confié Pierre – l’immersion reste, un an et demi plus tard, un souvenir bien gravé. « J’ai trouvé le noyau scène de Tucson très soudé. Ils s’invitent, collaborent ensemble sur différents projets… ils se sont trouvés artistiquement. Je ressens un peu ça à Nantes, mais pas de la même manière », conclut Tilmann, pour qui l’organisation des jams est une manière de générer une énergie musicale commune. Et peut-être, qui sait, d’entretenir la longue histoire d’amour entre la scène nantaise et celle de Tucson, inspirée du « Desert Sound » ?
À consulter : la Masterclass « Desert Sounds » organisée par ARTES à Tucson, en Arizona, dont la deuxième édition aura lieu à l'automne 2025 : du 28 octobre au 15 novembre 2025 inclus (départ le 27 octobre, retour le 18 novembre).
